Get loud!

Pourquoi je ne suis pas… Blanche (2/2)

« Pourquoi je ne suis pas » est une chronique un peu salée sur des sujets liés aux identités: ethnicité, religion, assignations sociales, genre, appartenances, etc. Ma langue maternelle est le sarcasme donc get ready!

PARTIE 1

« Sois une femme libre… Ah, et voici le mode d’emploi ! »

J’ai passé mes dernières années de secondaires dans une école catholique de Bruxelles. Comme vous pouvez vous en douter, le port de « couvre chef » était interdit. Plutôt, ironique, pour une école avec une chapelle gérée par des sœurs. Bien que le cours de religion n’abordait pas du tout le catholicisme et s’apparentait plutôt à un cours de philosophie enseigné par un professeur bouddhiste, l’école semblait attachée à effacer certaines expressions religieuses plus que d’autres.

Il est clair que ce « problème foulard » pourrissait nos relations avec les enseignants et donc, un jour, avec d’autres camarades nous avions décidé d’aller voir le conseiller d’éducation. Je m’étais permise de lui souligner que promouvoir un discours pro-choix et pour l’émancipation des femmes et interdire une pratique choisie par des femmes pour elle-même était une injonction plutôt contradictoire pour une école. De plus, justifier cette interdiction car certaines jeunes filles sont forcées de le porter est d’une hypocrisie incroyable pour toutes et une fausse promesse pour elles.

C’était vrai, l’une d’entre nous, présente ce jour-là et qui nous soutenait, était forcée de s’habiller en longues jupes noires, de porter un foulard et était maltraitée. D’ailleurs quand j’entends certains de mes coreligionnaires nous expliquer « non, mais c’est une minorité » ça me pique! D’abord, parce-que nous n’en savons rien (une impression n’est pas une statistique), ensuite parce-que c’est justement aux côtés de ces dites minorités que nous devons être et les soutenir dans leurs démarches d’émancipation.

L’école en question n’a jamais changé son règlement et nous devions retirer et remettre notre foulard à l’entrée de l’école, dans un coin juste en face des… toilettes. Quelqu’un a dit violence symbolique ? Quant à moi, j’étais piquée au vif et je m’intéresserais de plus près à la politisation par d’autres de mes choix personnels. J’étais « devenue » une racisée.

La nécessité d’espaces bienveillants pour articuler un discours émancipateur

Longtemps j’ai entendu sur le ton du reproche que c’était « trop facile de s’exprimer devant un public acquis ». Puis je me suis rappelé toutes ces fois où je m’étais exprimée dans des environnements non safe et ces injonctions paternalistes qui m’ont vraiment affectées. Cela a d’abord commencé par les débats (qui n’en n’étaient pas) sur le port du foulard à l’école. Cela me concernait directement, à l’instar de centaine d’autres femmes, et pourtant aucune d’entre nous n’était invitée.

hijab good

La toute première fois que j’ai pris la parole en public c’était à l’Université Libre de Bruxelles, dans le cadre du « chantier des valeurs ». L’atelier portait sur « la crise de sens et le bilan de deux siècles de rationalisation ». Bizarrement, les professeurs abordaient surtout la question « des » religions qui menaceraient le principe du libre-examen. Il était surtout question d’islam et des expressions religieuses des musulman.e.s qui menaceraient les valeurs libre-exaministes. Encore une fois, aucun.e musulman.e n’était invité.e pour partager son point de vue (non représentatif, par ailleurs).

Ni une, ni deux, je lève la main et exprime mon inconfort de voir d’autres personnes parler à ma place en des termes dans lesquels je ne me reconnaissais pas. Le président de séance me mettra au défi de préparer une présentation pour le l’atelier suivant. Ce que je fis et j’avais choisis de parler des mouvements de femmes/féministes dans le dit monde arabo-musulman, en passant par l’Iran et l’Egypte pour ensuite parler de l’embryon de mouvement féministe musulman qui se créait alors en Europe et aux Etats-Unis- c’était en 2007. Un discours tellement nouveau pour cette audience que je ne me rappelle pas avoir été questionnée. Mon engagement pour un ré-équilibrage des discours et une ré-habilitation de nos histoires commençait là. Un contexte symboliquement intéressant.

Durant toute ma vingtaine j’ai porté cet engagement dans des endroits où j’étais « la seule »  et/ou « la première » femme portant un foulard. Que ce soit dans des organisations de quartier ou pour des groupes parlementaires européens. J’ai parfois été instrumentalisée à travers ce statut « de première » ou cette image d’un « foulard sur pattes ». Une parole qu’il est aujourd’hui encore très difficile de porter mais de plus en plus d’espaces se créent et ceux-ci rencontrent à la fois un succès fulgurant auprès des concernées et une résistance tenace auprès de celles et ceux qui sentent leur statut « d’expert.e en rien mais invité partout» menacé.

Aujourd’hui, je suis heureuse de voir toutes ces personnes explorer des questions politiques et sociales qui les concernent et définir des modes de mobilisation dans des espaces non-mixtes ou à travers la réalisation de documentaires, l’écriture de livres, etc. En tout cas, dans un contexte qui n’est ni freiné par des agendas politiques, ni moralement ravageur (en plus des rapports de forces que l’on observe dans la plupart des groupes sociaux).

Déconstruire pour avancer : le chantier n’a pas commencé aujourd’hui

Jusqu’ici j’ai dû perdre au moins 40% du lectorat. Des personnes à qui ça piquait les yeux de lire Blanc, raciste et privilège. A vrai dire, tant mieux ! Les personnes à qui s’adresse ce papier sont celles qui ont une volonté de questionner leur propres acquis et privilèges, de ranger leur égo et d’écouter les expériences des autres. II ne faut pas sous-estimer la fatigue mentale que crée le fait d’expliquer sans cesse des pratiques et des idées. Discuter, avoir l’impression de se justifier, c’est fatiguant et surtout cela nous empêche d’avancer.

Personnellement, j’ai pris la décision de ne plus entrer dans ce genre de conversations. Au nom de quoi devrais-je me justifier plus qu’un.e autre ? Au nom de quoi mon existence même est-elle politisée et questionnée ? Une personne qui me considère comme son égale aura toute mon attention. Une personne qui estime que je ne fais pas partie de « sa civilisation » peut aller se fa… Bref !

De manière plus générale, aujourd’hui se pose la question des archives et de la transmission plus que jamais. Nous existons depuis plusieurs décennies et malgré les tentatives d’intimidation, le racisme institutionnel, les refus ou retrait de subsides, ces groupes ont une détermination absolument fabuleuse et portent des réflexions bénéfiques pour l’ensemble de la société. Une détermination qui a créé des marches, des ouvrages académiques, des icônes, des événements, etc. Et pourtant les plus jeunes générations ne connaissent pas forcément ce qui est aussi leur héritage socio-culturel.

Entre traditions orales et combats pour sa propre survie, les actrices et acteurs de ces Moments n’ont pas toujours pu/su raconter leurs expériences. Avec la maîtrise des réseaux sociaux d’un côté, et la multiplication des espaces bienveillants par et pour ces femmes, hommes, personnes non binaires, d’un autre, il est certain que ce temps est résolu. #teamKhalas !

khalas

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Crédits:

Rédigé par Sakina GM

Relecture et corrections: Florence Khawam

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