Get loud!

Pourquoi je ne suis pas… Blanche (1/2)

« Pourquoi je ne suis pas » est une chronique un peu salée sur des sujets liés aux identités: ethnicité, religion, assignations sociales, genre, appartenances, etc.      Ma langue maternelle est le sarcasme donc get ready!

PARTIE 2

Être née d’un mariage mixte c’est « trop cool », c’est « l’avenir » et, surtout, ça « fait des beaux bébés ». J’avoue j’étais un beau bébé 😎. Cependant, être née d’un mariage mixte vient surtout avec beaucoup de questionnements sur son identité… Ses identités. Des questionnements qui nous sont renvoyés par notre environnement familial, social, scolaire, amical, communautaire, etc. C’est jongler avec ses héritages et devoir nager entre les nuances. On peut s’y perdre comme en ressortir grandi. C’est un vrai défi. Selon moi, c’est un beau défi.

saki blanche
Resting b face since day 1!

Je m’appelle Sakina et je suis née d’une mère française et d’un père marocain-amazigh. Cette phrase d’apparence simple mérite déjà d’être nuancée. Mon prénom de naissance est hébreu et Sakina est mon prénom usuel, ma mère a des origines algériennes mais étant née sous X elle ne connaît pas ses parents et mon père a dû quitter son pays alors dirigé par feu Hassan II car il était un activiste politique. Je suis un bébé blanc aux yeux bleus et boucles blondes. Ceci ne résume que le jour 1 de ma vie… Nous avons encore 31 années à explorer donc bon courage. Yallah!

« Mais toi ce n’est pas pareil ! » un classique raciste indémodable.

Nous avons toutes* une première fois mémorable. J’avais 6 ans lors de cette première fois. Ma meilleure amie s’appelait Linda et nous étions au CP (1ère primaire) en Haute-Savoie. Lors d’une sortie privée Linda et moi jouions et soudain je remarquais que des personnes la pointaient du doigt. Son visage se crispa. Elle était triste. Moi, agacée qu’elle ne veuille plus jouer, je boudais. Linda était antillaise et noire. A mes yeux, Linda était juste Linda, la seule personne qui rassurait l’enfant angoissée que j’étais. C’est ainsi que « racisme » et moi avons fait connaissance mais je ne le comprenais pas.

Arrivée à Bruxelles quelques années plus tard, mes parents emménagèrent dans une résidence comptant 5 maisons et nous étions la seule famille non Blanche. J’y rencontrais mes voisines dont Aurélie avec qui je m’entendais bien, nous avions le même âge. Elle avait un père ouvertement raciste qui désapprouvait totalement notre présence et ne nous adressait pas la parole. Lindsay, la cadette, était complètement imprégnée des « idées » de leur père.

Un jour d’été, je jouais avec Lindsay et comme nous avions interdiction de sortir dans la rue, nous jouions dans la cour. Curieuses d’entendre tous ces enfants jouer de l’autre côté de la porte, nous l’ouvrions et les observions. Le quartier était ce qu’on appelle « multiculturel ». Les enfants étaient belges, belgo-turques, belgo-marocains, belgo-grecques, belgo-philippins, belgo-algériens, belgo-rwandais, etc. Ce jour-là des enfants belgo-marocains faisaient du vélo. Soudain, Lindsay me dit « regarde ces bougnoules ! ». Je la regardai d’un air surpris. J’attendais le moment où elle me dirait « je rigole » même si cela aurait été de mauvais goût (et raciste). Ce moment ne vint p

as. Je lui répondis « mais tu sais que je suis bougnoule moi aussi. Je suis comme eux », ce à quoi elle répondit « mais non, toi c’est pas pareil ». Lindsay devait avoir 9 ans et moi 12.

Du privilège d’une racisée blanche.

Être blanche de peau, blonde et avoir des yeux bleus me conférait un certain privilège. Celui de ne pas avoir le faciès « classique » d’une « bougnoule » et beaucoup de remarques racistes m’étaient épargnées. De visu, on ne pouvait pas m’assigner à un groupe social minoritaire, j’étais censé appartenir à la majorité et pourtant je me savais différente. Ce n‘est que plus tard, lorsque je ferai des choix moins « acceptables » que je serais rappelée à mon statut de racisée.

Ironiquement, la première forme de rejet de la part d’un groupe social en raison de mon origine ethnique réelle ou supposée a été le fait de personnes d’une de mes cultures d’origine : marocaine. Du fait de mon physique et comme je ne pratiquais aucune des langues parlées au Maroc je n’étais pas acceptée par mes camarades belgo-marocaines (elles étaient bilingues). « Tu n’es pas vraiment marocaine, toi ». Bizarrement, jusqu’ici je ne m’étais jamais posée de questions sur mes origines. Je n’avais voyagé au Maroc qu’une ou deux fois et mes oncles et tantes parlaient français. Je savais que j’étais différente de mes voisin.e.s Aurélie et Lindsay même si je leur ressemblais physiquement mais sans me poser plus de questions. Dans ma famille, la transmission culturelle/traditionnelle n’a commencé qu’à l’adolescence.

En réalité, faire l’expérience de ce rejet d’un groupe auquel je m’identifiais pourtant m’introduisait aux conséquences des discours dominants et à la complexité des relations entre dominant.e.s et racisé.e.s.. Quand on est blanche, on n’est pas systématiquement questionnée sur nos origines, réelles ou supposées, et nos attributs physiques sont peu exploités à des fins politiques autres que sexistes ou capitalistes. C’était mon privilège de blanche.

Perdre sa virgini…oups, sa blanchité !

En pleine adolescence, j’ai fait le choix d’être musulmane. Ayant toujours été animée d’une foi, je ressentais un besoin de religiosité. J’observais les rites religieux de mon entourage sans pour autant me les approprier. Surtout, j’avais toujours été un électron libre depuis mon enfance donc mimer sans comprendre ne me paraissait pas naturel même s’il m’est arrivé de le faire par convention. Après quelques lectures et discussions sur les différentes religions j’ai ressenti un intérêt plus important pour l’apprentissage de la religion islamique.

Étant peu encline à socialiser je préférais la compagnie des livres. Dès que j’ai su lire je me rendais souvent à la bibliothèque. Ni bande-dessinés, ni fictions ne m’intéressaient je préférais les récits et romans historiques. A 7 ans, mes parents m’avaient acheté un ordinateur (un Genius 9000, #nostalgie). A l’adolescence, je lisais beaucoup de livres sur la sociologie, la philosophie, la politique ainsi que des récits. La plupart des auteur.e.s étaient français.e.s et Blanc.he.s. Je sentais bien que quelque chose manquait dans ces lectures car je ne me reconnaissais pas entièrement dans ce qui était proposé. Pourtant d’autres concepts faisaient sens comme la nécessité de l’autodétermination ou la déconstruction des acquis sociaux. Les analyses me dérangeaient et me semblaient fausses mais à l’époque je ne savais pas nommer mon ressenti.

Peu de temps après, je déciderais de porter un foulard. Il portera des significations et une esthétique différente à travers le temps mais à l’époque c’était un choix conscient. Un choix personnel sur lequel TOUT LE MONDE aura, et a toujours, un avis. Un choix personnel qui pourtant prend ma chevelure et mon corps en otage d’agendas politiques.

Rendez-vous la semaine prochaine pour la seconde partie où on discutera auto-détermination, réhabilitation de ses héritages, déconstruction politique et création d’espaces bienveillants!

*le féminin l’emporte.

Crédits:

Rédigé par Sakina GM

Relecture et correction: Florence Khawam

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